Choisir entre coopération et égoïsme

 

Choisir entre coopération et égoïsme

La coopération est la force créatrice de l’évolution : l’humain a besoin de coopération pour être en mesure de construire des niveaux d’organisation de plus en plus complexes. Elle est au cœur des accomplissements sans précédent de l’espèce humaine; elle permet à la société de réaliser des choses qu’une personne seule ne pourrait mettre en œuvre.

Coopérer peut sembler paradoxal : du point de vue de l’égoïsme, la stratégie la plus tentante est celle du “passager clandestin” qui profite des efforts des autres pour parvenir à ses fins au prix d’un minimum d’efforts. Pourtant, nombre d’études montrent qu’il est préférable pour soi comme pour les autres de se faire mutuellement confiance et de coopérer plutôt que de faire cavalier seul. En outre, il y a une satisfaction inhérente au fait d’œuvrer ensemble pour atteindre un objectif commun.

Les avantages de la coopération

Dans les petites communautés et les villages, plus les habitants coopèrent, plus ils deviennent prospères et plus leurs enfants ont de chances de survivre. C’est pourquoi au fil du temps notre héritage génétique nous a orientés vers la coopération.

Dans une société fortement compétitive les individus se méfient les uns des autres, s’inquiètent de leur sécurité et cherchent constamment à promouvoir leurs intérêts et leur rang social, sans trop se soucier des autres. A l’inverse, dans une société coopérative les individus se font confiance et sont prêts à consacrer du temps et des ressources pour autrui : c’est ainsi que s’enclenche un cycle vertueux de solidarité et de réciprocité qui nourrit des rapports harmonieux.

Les conditions favorables à la coopération

Martin Nowak décrit cinq facteurs favorables à la coopération. Le premier est la répétition régulière de services réciproques. Le deuxième facteur est l’importance de la réputation au sein d’une communauté : ceux qui coopèrent volontiers sont appréciés de tous, tandis que les mauvais coopérateurs sont mal vus. Le troisième facteur tient à la structure de la population ou des réseaux sociaux : celle-ci facilite ou s’oppose à la formation de communautés coopérantes. Le quatrième facteur est l’influence des liens familiaux, qui incite à coopérer davantage avec les individus apparentés. Enfin le cinquième facteur est lié à la réussite de la coopération et à son impact sur la sélection naturelle dont nous parlions précédemment.

Au fil des générations, les êtres humains ont tissé une toile de réciprocité et de coopération dans les villages, les villes, les États, et de nos jours, à travers le monde entier. En raison de la connectivité des réseaux mondiaux, l’information et les connaissances peuvent se répandre à l’ensemble de la planète en quelques secondes. Si une pensée stimulante, une innovation productive ou une solution à un problème d’importance vitale est diffusée, elle peut être mise à profit dans le monde entier.

L’altruisme comme solution aux défis de demain

Notre époque est confrontée à de nombreux défis : nous devons essayer de concilier les impératifs de l’économie avec le respect de l’environnement, avec celui d’autrui, et avec la recherche du bonheur. L’individualisme ne peut résoudre chacun de ces problèmes, l’altruisme est alors nécessaire car c’est un fil d’Ariane qui nous permet de relier naturellement les trois échelles de temps, court, moyen et long terme, en harmonisant leurs exigences.

Les exigences du court terme concernent l’économie et les investissements que nous faisons. Le moyen terme s’intéresse à la qualité de vie : à quoi bon être riches si nous ne sommes pas épanouis ? Et enfin les défis du long terme se dessinent depuis peu : nous sommes à présent 7 milliards d’être humain sur Terre, ce qui fait de nous les acteurs principaux du devenir des générations futures et plus encore de la biosphère.

Le seul concept qui allie ces trois niveaux, c’est l’altruisme : le fait d’avoir davantage de considération pour autrui nous conduit vers une économie solidairec’est à dire une économie au service de la société et non l’inverse. Cela nous permet de remédier aux injustices sociales et aux inégalités, mais aussi de préserver l’écologie.

L’altruisme et la coopération jouent un rôle déterminant dans la plupart des dimensions de notre existence et nous permettent de résoudre les crises que nous traversons. Désormais, plus que jamais, nous avons besoin de coopérer, y compris à l’échelle mondiale.
Matthieu Ricard

Claudia

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