Pensées philosophiques d’André Léo

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« Ma sœur, j’ai rompu vis-à-vis de toi le silence insensé que gardent les femmes les plus malheureuses vis-à-vis de leurs propres filles. Tu es avertie, garde-toi ! Plus tu es intelligente, fière et tendre, plus tu souffriras. Dans ce duel, si ancien déjà, de la liberté et du despotisme, au sein de nos civilisations fières de leurs progrès, le mariage est la forme la plus absolue et la plus complète de ce viol de l’être qui se nomme la tyrannie! »

 « Si vous n’êtes ni pour Dieu ni pour le diable, s’écria le peintre, au nom de quoi, s’il vous plaît, condamnez-vous le plaisir? »

« Vous voulez dire son exclusive recherche ? Au nom de la dignité humaine, au nom de jouissances plus vraies, qui résultent de l’accord de toutes les puissances de l’être, et de leur expansion vers la justice et la vérité. Ni le paganisme, que le christianisme enchaîna, mais ne tua point, et qui lutte encore, tout vieux qu’il est , contre le vainqueur ; ni le christianisme, expirant à cette heure, n’ont respecté l’unité de l’être humain. Ce que vous nommez plaisir n’est point la vie ; l’idéal chrétien ne l’est pas non plus. La vraie vie, sérieuse et forte, tissée tout ensemble de joies, de devoirs, de douleurs, de travaux, d’aspirations, est l’exercice harmonique de toutes nos forces et de toutes nos facultés. Le plaisir seul abrutit ; la douleur seule tue. Le bonheur est sur les sommets courageusement gravis ; c’est la fleur embaumée de toute œuvre qui, plongeant dans le sol de fortes racines, s’épanouit sous le ciel, trop haut pour être aperçue de ceux qui rampent. »

« Il y a dans toute affection, amour ou amitié, deux degrés, dont le second est atteint rarement, l’amour et l’amitié vulgaires n’étant que la rencontre de deux égoïsmes qui cherchent leur joie, soit dans la satisfaction d’être aimé, soit dans le plaisir plus intellectuel de la recherche du beau dans l’être humain. Dans ce dernier cas, au bout d’un temps plus ou moins long, cet amour prétendu, qui n’était autre qu’une curiosité supérieure, est tué par la connaissance.

« Dans le premier cas, l’amour ne meurt point, par la seule raison qu’il n’était pas né ; dès que les deux égoïsmes en compétition ont débrouillé leur quiproquo, aux effervescences de la passion succèdent l’emportement de l’amour-propre trompé, le ressentiment, la haine ; à l’ode succède l’élégie. C’est alors qu’on maudit la nature humaine, sa perfide, son insuffisance, et qu’on emporte pour consolation sous la tente, avec sa blessure, la satisfaction secrète de sa supériorité … »

ANDRE LEO (Béra Léodile, 1824 – 1900) ALINE – ALI présenté et annoté par Cecilia BEACH, Caroline GRANIER et Alice PRIMI. ED: APC – Cahier du Pays Chauvinois – Association André Léo.

André Léo

Claudia

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