Banzo, mémoire de la favela

L’éditrice dédie ce livre à toutes les guerrières et à tous les guerriers

Pour qu’un livre me plaise, je dois vivre 3 critères : une odeur. Une belle l’illustration de la couverture. Une écriture qui permet de visualiser les personnages et l’atmosphère des lieux.  J’achève le roman de l’auteure Conceição Evaristo. Banzo, mémoire de la favela et les 3 critères sont réunis.

Tout d’abord, je fus conquise par les illustrations de Lucia Hiratsuka

Le nègre, Alirio,
personnage symbolique de la lutte sociale du peuple de la Favela.

Onc’Toto,
Contre les vents et les marées de sa vie, tout au long du roman, il avance.
C’est aussi le narrateur de la vie trépidante des habitants de la favela.

T’tite Maria et mémé Rita
Elle (T’tite Maria) se tut en sachant néanmoins qu’elle irait de l’avant, comme lui (Onc’ Toto).
Oui, elle irait de l’avant – et maintenant elle savait quelle serait son arme: l’écriture.

Il y a aussi Cidinha-Cidoca, Bonté, Dora, Ditintha et tous les autres qui vivent dans cette favela en démolition.

Et puis, il y a le beau papier du livre, son odeur. Bravo à la petite maison d’édition INDÉPENDANTE Anacaona.
Les éditions Anacaona ont été créées par Paula Anacaona, traductrice, dévoreuse de bouquins, passionnée de littérature en général et brésilienne en particulier. Je remercie Paula Anacaona qui m’a permis de découvrir cette auteure et sa maison d’édition.

L’histoire:

Chaque jour, les gros tracteurs avancent dans le ventre de la favela. Personne n’ose se rebeller. Il y a bien Alirio et ses idées révolutionnaires. Il donne l’espoir d’un matin qui chante.  L’auteure,  Conceição Evaristo décrit au quotidien le parcours des habitants de la favela. C’est une très belle étude de portraits pittoresques. Ils sont tous touchants et criants de vérité. D’un côté, il y a les pauvres. Chez nous en France, les dirigeants, disent les gens d’en bas. Au Brésil, ce sont pour la grande majorité les enfants d’esclaves. Et puis il y a les riches, ceux qui détiennent les bijoux, les voitures et les beaux habits ! L’histoire ne s’arrête pas là. Elle véhicule par le truchement des personnages des idéaux humanistes. C’est un magnifique texte d’espoir. Il me fait penser aux livres de Toni Morrison.

 » Et à chaque battement du cœur de Mémé Rita naissaient des hommes. Toutes sortes d’hommes: des noirs, des blancs, des jaunes, des rosés, des pâles … »

« Du cœur énorme, immense de Mémé Rita naissait l’humanité entière » 

Banzo, mémoires de la favela (traduit par Paula Anacaona), a été écrit entre 1985/86 dans un contexte de mouvements sociaux au Brésil qui revendique un meilleur traitement pour les afro-descendants et une revalorisation de leur culture et de leurs coutumes. Ce livre devait être publié pour commémorer le centenaire de l’abolition de l’esclavage, mais ne verra finalement pas le jour.

Aujourd’hui, enfin il voit le jour ! Et c’est tant mieux pour tous les lecteurs/admirateurs dont je fais partie.

Conceição Evaristo, est née en 1946. Elle est la deuxième enfant d’une famille de 9. Dès les premières pages, l’émotion de l’écriture transpire d’authenticité. Bien que l’histoire se déroule dans un contexte dur, l’espoir est bien présent. Il y a de la philosophie dans chaque personnage. Et c’est ainsi que, malgré la noirceur, la lumière apparait à la nouvelle génération. Les mots accompagnent le combat de ces femmes et de ces hommes. Oui ! certains vont relever le défi et s’en sortir. L’auteur en est la preuve. Elle a repris ses études à 50 ans passés, et a obtenu un doctorat en littérature comparée. Son œuvre est reconnue pour sa valeur éducative, l’Histoire de Poncia est désormais au programme de l’éducation nationale brésilienne. Très engagée politiquement et socialement, Conceição Evaristo est de toutes les luttes pour la défense des femmes et de la culture afro-brésilienne.

J’espère, vous avoir convaincu de la nécessite d’offrir ou de lire ce livre. L’histoire permet de découvrir la réalité du Brésil par l’intermédiaire d’une des plus grandes voix de la littérature brésilienne. Et ceci, par l’intermédiaire d’une maison d’édition qui véhicule des textes réalistes. En quelque sorte, c’est de l’éducation populaire !

Voici quelques extraits qui provienne du blog  Addict Culture.

 Tite-Maria alla à l’école ce matin-là en traînant des pieds. Elle mourait de peur chaque fois qu’elle s’absentait de la favela. Elle craignait de ne plus trouver personne à son retour.

La semaine précédente, ils avaient étudié en cours d’histoire la libération des esclaves. Tite-Maria écouta la professeure et lut un texte. La professeure, habituée aux questions et aux conclusions de la petite, attendit. Tite-Maria resta calme et distante. La maîtresse lui demanda la raison de ce détachement. Tite-Maria se leva et répondit que, sur les esclaves et leur libération, elle aurait beaucoup d’histoires à conter. Qu’elle pouvait parler pendant tout le cours, mais qu’elle n’était pas sûre que ce soit ce que la professeure voulait. Elle pourrait parler d’une rue Cases-Nègres contemporaine dont les habitants n’étaient pas libérés car ils n’avaient aucune condition de vie. La professeure la pria de s’expliquer. Tite-Maria la regarda, regarda ses camarades, ses amies. Elle regarda la seule Noire de sa classe, Maria-Esmeralda, murée dans un bloc d’apathie. Les mots restèrent bloqués dans sa gorge.

Elle connaissait beaucoup d’histoires, miroirs des chaînes d’une lointaine Histoire…

Elle pensa à Onc’ Toto. C’était cela, un homme libre ? Elle pensa à Vieille-Maria, à la grand-mère de Vieille-Maria, à son propre grand-père, Luis da Serra-le-Fou. Elle pensa à la Noire Tuina, à FiloGazogénia, à Ditinha. Elle pensa à Mémé Rita, à l’Autre, à Bonté. Elle pensa aux enfants de la favela dont peu, très peu, ils se comptaient sur les doigts de la main, finissaient le primaire. Elle était la seule à être au collège – et encore, elle accusait deux ans de retard. Et elle devrait abandonner l’école lorsque sa famille déménagerait. Elle pensa au Nègre Alirio. Il agissait pour construire une nouvelle, une autre Histoire.

Tite-Maria parcourut encore une fois du regard la professeure, sa classe. L’Histoire était très grande ! L’Histoire était vivante et naissait des personnes, de l’aujourd’hui, du maintenant. Cela n’avait rien à voir avec le texte qu’elle venait de lire. Elle se rassit et pensa : « Pourquoi un jour ne pas écrire cette histoire-là ? Pourquoi un jour ne pas retranscrire sur le papier ce qui est écrit, gravé dans mon corps, dans ma tête, dans mon cœur ? »

L’étau se resserrait, et le Nègre Alirio tentait de nous orienter. Non, ils n’avaient pas le droit – ou plutôt, nous ne devions pas leur laisser ce droit. Il y avait encore des familles dans la favela, la moitié peut-être, dont la survie était de plus en plus entravée. Tous les robinets publics furent sommairement arrachés sauf trois : le Robinet-d’en-haut, le Robinet-d’en-bas, et le Gros-Robinet.

Le Nègre Alirio continuait à nous injecter de l’espoir – non pas un espoir apathique, qui nous ferait croire qu’un miracle pouvait arriver, mais un espoir qui se concrétisait dans la lutte. Depuis son arrivée, peu après avoir élu domicile dans la case et le corps de Dora, il arpentait la favela. Il apprit à connaître chaque ruelle, chaque personne, le plan de démolition en détail.

Certains pleuraient sans rien dire. Les anciens et les enfants étaient les plus touchés. Le Nègre Alirio évoqua la prescription acquisitive. Certains en avaient déjà entendu parler. Un ancien lâcha : « De toute façon, ce sont toujours les forts qui font les lois. Te fais pas d’illusions, ti-mâle. Moi, je ne crois qu’en Dieu. » « Ils ont besoin de croire que Dieu est à leurs côtés… » se dit le Nègre Alirio. Lui aussi croyait en Dieu – mais il croyait aussi en la force, en l’action de l’Homme.

Nous aimions tous le Nègre Alirio. Il était de notre côté – mais ses paroles tombaient dans le vide de notre désespoir. Nous aimions son énergie, ses paroles d’espérance. Il était arrivé depuis peu, mais il embrassait nos douleurs.

Facebook officiel

Pour ceux qui ont envie d’aller plus loin au Brésil:

Claudia

 

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