Université populaire sur la 6e République

Diffusé en direct le 17 janv. 2017

Mardi 17 janvier 2017 à 19h00, suivez en direct la première séance des universités populaires dédiée à l’approfondissement du programme. Elle sera dédiée au premier chapitre de «L’avenir en commun» : la 6e République. Participez sur le chat ainsi que sur les réseaux sociaux avec le hashtag #6eRépublique.

Partagez cette vidéo pour aider à sa diffusion.

Déroulé de la séance :

Séquence 1 : intervention de Mathieu Dupas, doctorant en droit constitutionnel, sur « Les nouveaux mécanismes de contrôle citoyen de la 6e République : le vote et le droit de révoquer les élu·e·s »

Séquence 2 : intervention de Charlotte Girard, maitresse de conférences en droit public et coordinatrice du programme, sur « La Constituante : mode d’emploi »

Séquence 3 : intervention de Raquel Garrido, avocate et auteure du Guide citoyen de la 6e République, sur « La Constitution : ça me concerne ! »

Les Universités Populaires (UP) en France ne sont pas une mode récente.

La première est née en 1899 à Paris, elle s’appelait La coopération des idées. Cette simple dénomination est à elle seule révélatrice du projet, pour ne pas dire du programme des UP. Il s’agissait à la fois d’associer les idées et les hommes d’origines sociales fort différentes, les uns issus du monde ouvrier et les autres de la sphère intellectuelle. Cette rencontre possible entre deux mondes jusque-là étrangers est la résultante de l’Affaire Dreyfus où dans le cadre du soutien à ce dernier une partie du prolétariat radical côtoiera ceux que l’on appelle depuis lors « les intellectuels ».

Cette première université parisienne fut le résultat de l’improbable rencontre de l’autodidacte Georges Deherme (1867-1937) ancien sculpteur sur bois, typographe de culture anarchiste et de Gabriel Séailles (1852-1922), républicain, professeur de philosophie en Sorbonne qui sera l’un des fondateurs de la Ligue des Droits de l’Homme (LDH). Cette initiative où se fréquenteront le bourgeois en jaquette soucieux d’aller au peuple et l’ouvrier en bourgeron curieux de comprendre le monde et son siècle, au-delà du cas Dreyfus, s’inscrit dans une période où l’éducation est au cœur de la réflexion sociale. Dans la même période, les Bourses du Travail qui soutiendront l’effort d’éducation des universités populaires se retrouvaient déjà autour de la phrase emblématique de leur animateur Fernand Pelloutier (1867-1901), Instruire pour révolter.

En effet, pour les syndicalistes révolutionnaires, l’UP complète la Bourse, elles œuvrent dans la même direction : « que les universités populaires, que les bibliothèques d’éducation libertaire, après avoir fait des individus débarrassés de tous les préjugés…, deviennent des pépinières de militants, d’apôtres qui s’en iront dans toutes les organisations ouvrières». Même si les tenants du socialisme autoritaire regroupés autour de Jules Guesde et du Parti ouvrier français (POF)  firent un accueil très réservé aux UP, elles furent comme leur nom l’indique réellement populaires et bien reçues dans le monde du travail et par ses organisations.

Pourtant les UP sont le résultat d’une association de circonstances à un moment où il y a, il est vrai, un grand appétit de savoir dans la classe populaire et où des intellectuels progressistes souhaitent s’associer avec elle. Ce sera à la fois la cause de l’immense succès des UP et probablement aussi la cause de leur disparition ou pour le moins de leur raréfaction. En effet, après un moment de convergence, les acteurs des UP divergeront sur leurs objectifs et leurs finalités. Les uns y voient, au-delà des savoirs transmis, un outil de réconciliation des classes ; les autres y voient un levier d’émancipation économique et sociale.

Le développement des UP fut fulgurant, 15 à la fin de 1899, 116 en 1900, 124 en 1901 et 230 au total jusqu’en 1914. Elles compteront environ 50 000 adhérents, quelques dizaines pour les unes et quelquefois un millier comme à L’Emancipation du XVème arrondissement à Paris. Ceux qui les fréquentent sont des hommes et des femmes, parfois en famille, de milieux divers : employés, petits bourgeois, ouvriers, militants… Il s’agit d’un mouvement plutôt urbain qui se développe d’abord à Paris qui en comptera 38 puis en banlieue où elles seront au nombre de 31 et dans les villes industrielles de moyenne importance, 60 UP seront constituées dans des villes de 30 000 habitants. La plupart d’entre elles, 80 %, furent une initiative d’origine ouvrière.

Rapidement, les contradictions internes entre les acteurs et les projets apparaissent d’autant que les intellectuels y prennent une place prépondérante, ils président, ils programment, ils interviennent et animent les débats. Seuls 10 % des conférences seront prononcées par des ouvriers. Au-delà de l’écart entre les attentes des auditeurs avides de sujets touchant à la question sociale et le vocabulaire et les apports du monde savant, une fracture se fait rapidement jour entre les tenants de la République radicale bourgeoise et ceux de la République sociale. En effet, « beaucoup d’ouvriers parisiens…, producteurs soucieux des lois de la production et de leurs conséquences, ont abandonné les Universités populaires. Ils n’y trouvaient pas ce qu’ils étaient venus y chercher ».

Cette fracture politique et pédagogique aura pour conséquence un affaiblissement rapide du mouvement des Université populaires déjà menacé par les difficiles conditions de travail des ouvriers (journée de 12 heures voire davantage), la rareté et l’éloignement quelquefois important des salles de réunions… Ainsi « si grande soit l’envie qu’on puisse avoir de belles et fortes choses, faut-il encore être dispos pour les voir, les entendre et en jouir ». Malgré cet échec relatif, le mouvement des UP favorisera l’émergence d’une sociabilité nouvelle, moins masculine, plus familiale où au-delà des causeries savantes naîtront aussi des bibliothèques, des réflexions sur le logement social, des actions anti-alcooliques, des représentations théâtrales et parfois même des manifestations concrètes de solidarité ouvrière ou non comme des caisses de prévoyance, des consultations médicales, dentaires ou encore juridiques…Malgré la persévérance des derniers « upistes », le coup de grâce au mouvement des universités populaires première époque sera portée par l’immense tuerie de 1914.

Pour aller plus loin, dans cet article:  M Hugues Lenoir, enseignant-chercheur en Sciences de l’Education à l’Université Paris Ouest Nanterre. Membre du Lisec.

Claudia

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5 réflexions sur “Université populaire sur la 6e République

  1. Salut Claudia !!
    Excellente publication. Beaucoup devraient la lire. Je pense qu’il y ara moins de soucis pour notre assemblée constituante qu’il y en a eu à cette époque car dans l’ensemble les gens sont un peu plus ouverts actuellement grâce aux différents outils qui n’existaient pas à cette époque comme internet par exemple. Malgrè le taux de 10% illettrisme actuellement, les gens sont dans l’ensemble plus instruits qu’à cette époque. Ce qui fait que le fossé entre ouvriers et intellectuels est un peu moins grand. Maintenant un ouvrier est quasiment capable de débattre avec un intellectuel. C’est une très bonne base pour notre prochaine assemblée constituante. Bonne journée Claudia !!

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    • Jean-Claude, je ne sais si les gens sont plus ouverts, je dirais qu’ils sont différents, néanmoins, je ne pense pas que l’approche est plus facile. la télé fait énormément de mal aux esprits. Je trouve la vidéo de Jean-Luc Mélenchon à Florange très enrichissante dans le rapport humain. Il démontre encore une fois que l’ouvrier est au même niveau que l’intellectuel. C’est une sacré leçon. Nous avons trop tendance à placer les intellectuels au dessus du peuple, sous prétexte qu’ils ont la facilité des mots, mais qui permet à un pays de vivre ? Se sont toutes ces personnes qui triment dans les usines, dans les champs, etc. Je ne sous-estime pas l’importance des intellectuels. Encore que ? Aujourd’hui en France, je les cherche ces intellectuels engagés ! Où sont les Aragon, les picasso, les Jean-Ferrat, Jack London, Stéphan Hessel, L’abbé Pierre, et tant d’autres qui n’ont pas hésité à se lever pour se faire entendre. Bien souvent, ils étaient compagnons de la gauche. Je m’égare, mais j’aimerai tellement que les artistes prennent la parole.

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      • Quand je disais « Plus ouverts » je pensais surtout à internet qui permet d’accéder à des informations qu’autrefois c’était difficile d’accéder, à la lecture qui est aussi plu facile d’y avoir accès que dans les années 1800 ou début 1900. Regarde les enfant de maintenant même très jeune sont plus ouverts que nous l’étions. C’est pourquoi JLM disait que l’instruction est très importante.
        En ce qui concerne les intellectuels, je suis de ton avis en te disant ceci dans mon commentaire « Ce qui fait que le fossé entre ouvriers et intellectuels est un peu moins grand. Maintenant un ouvrier est quasiment capable de débattre avec un intellectuel. » Bonne fin de dimanche Claudia !!

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